

À 18 ans et 21 ans, ils ont comparu devant le tribunal de Charleville-Mézières, ce jeudi, et ont eu du mal à prendre la mesure de leur geste. Début janvier, ils avaient participé au vol de la caisse d’une boulangerie de Fumay. Pour un butin de 150 €.
« Ce sont presque deux gamins pris par la maîtresse en train de faire une bêtise dans la cour d’école mais sans mesurer les conséquences. » « Au vu de la réponse des prévenus, on pourrait se demander si on était devant le tribunal pour enfants. »
Me Mélanie Touchon, avocate de l’AFEIPH (Association pour la formation, l’emploi et l’insertion des personnes handicapées), comme le procureur de la République, Alban Gesbert, ont le mieux résumé l’audience qui s’est tenue ce jeudi devant le tribunal de Charleville-Mézières. Me JOLIOT-FROISSARD est intervenue dans cette affaire et a obtenu la requalification des faits reprochés à son client.
Un braquage avec arme
Parce que les déclarations des deux prévenus tranchent avec des faits qui ont marqué la ville de Fumay. Un braquage avec arme – qui se révélera être un pistolet à air comprimé – commis dans une des deux boulangeries de la commune de 3 500 habitants.
Face au tribunal, les deux jeunes hommes ressemblent à des adolescents. L’un est majeur depuis moins d’un an, l’autre est à peine entré dans la vingtaine. Leur casier judiciaire n’est pourtant pas vierge, ils ont tous les deux été condamnés quand ils étaient mineurs. Surtout, ils sont jugés pour vol avec violence et port d’arme blanche. Un troisième garçon, mineur, a comparu devant le tribunal pour enfants.
Cagoule, gants et menaces
Le 5 janvier, peu avant 18 heures, la boulangerie Aux Douceurs de la vallée est vide de tout client. Une voiturette stoppe devant. Deux hommes en descendent. Ils pénètrent dans ce commerce tenu par l’AFEIPH qui emploie des travailleurs en situation de handicap. L’un reste en retrait, l’autre, cagoulé et ganté, pointe le pistolet vers la vendeuse et lui intime à deux reprises de lui donner le contenu de la caisse. Prostrée, la boulangère ne réagit pas. L’homme brise une vitrine. Il grimpe sur le comptoir et s’empare du tiroir-caisse. Avant de s’enfuir à bord d’une voiture sans permis rouge, dans laquelle un troisième homme les attend. La scène n’a duré que quelques minutes.
La cavale ne durera que le temps d’une soirée. À peine quelques heures avant d’être interpellés au domicile du jeune majeur, à Fumay. Moins de temps qu’il n’a fallu au tribunal pour tenter de comprendre « comment a germé l’idée de commettre un braquage ».
« Il voulait faire des sous »
Le jeune homme de 18 ans a bien eu du mal à répondre concrètement à cette question. « Je ne sais pas », a-t-il commencé. « Ça s’est fait dans la discussion », a-t-il ensuite lancé. Ce 5 janvier, il est chez lui, avec un mineur de 17 ans. « Le petit », il l’a rencontré à Charleville, « il était au foyer mais il dort dans la rue alors je l’ai hébergé une semaine ». Pendant « deux heures », ils discutent. « Il m’a dit qu’il voulait faire des sous. »
Pour monter l’opération, il contacte un ami, Fumacien lui aussi. « T’es chaud, j’ai un petit qui veut faire un truc », lui écrit-il. Le mineur vise la boulangerie de l’Ardoise, toujours à Fumay. Le jeune majeur refuse. « Parce que mon ancienne copine y a travaillé », justifie-t-il devant la cour. Ils se rabattent vers les Douceurs de la vallée.
« C’est pour rendre service que vous avez braqué une boulangerie ? »
Le vingtenaire et le mineur de 17 ans partent à bord de la voiturette. Et reviennent chez le troisième qui décide de passer à l’acte. « Je l’ai fait parce qu’ils avaient peur », justifie-t-il. « C’est pour rendre service que vous avez braqué une boulangerie ? » s’étonne la présidente.
Le tiroir-caisse sous le bras, ils rentrent chez le père du jeune majeur. Dans le garage, ils utilisent une disqueuse pour ouvrir et découvrir un butin de... 150 €.
« Je suis dégoûté parce que je ne fais pas de braquage et là je vais partir en prison »
Devant les enquêteurs et le tribunal, le partage du butin est opaque. Le conducteur a-t-il reçu 20€. « Non, je n’ai rien eu en échange », marmonne-t-il. Le reste a-t-il été partagé entre les deux autres. « Oui », assure le majeur. « En garde à vue, le mineur a indiqué qu’il n’avait rien eu parce que vous deviez de l’argent », note la présidente.
L’identité de l’instigateur du braquage est tout aussi floue. « On a du mal à comprendre les motifs », reprend la présidente. « Moi je ne voulais pas faire de braquage parce que ça fait peur aux gens, s’énerve le jeune Fumacien. Je suis dégoûté parce que je ne fais pas de braquage et là je vais partir en prison. »
« Je prends combien si j’insulte la juge ? »
Des questions qui l’ont irrité. Et après quelques échanges houleux avec la présidente du tribunal et des avertissements, le prévenu a été expulsé après un nouvel incident. « Je prends combien si j’insulte la juge ? », aurait-il soufflé à l’un des gardes. Il n’est revenu qu’à l’énoncé du jugement.
Le mineur placé en centre éducatif fermé
Le troisième homme du braquage est mineur. Ce jeune de 17 ans était présent dans la boulangerie mais serait resté en retrait d’après les auditions.
Il sera jugé en février. « Il a été placé sous contrôle judiciaire en centre éducatif fermé, la mesure la plus stricte pour un mineur », indique le procureur de la République.
Stoïque dans le box, son comparse a lui aussi du mal à apporter une justification plausible. « Je regrette, je me suis fait manipuler », répète celui qui n’est pas descendu de voiture. « Si je vous dis de sauter dans la Meuse, vous allez le faire », s’agace la présidente.
« Ils sont allés chercher mon client parce qu’il est facilement influençable. Pendant les auditions, les prévenus ont même utilisé le terme “pas fute-fute”. Il n’a été qu’un exécutant », a plaidé son conseil qui a demandé une requalification des faits en complicité de vol avec violences. « On a l’impression qu’il y a une tête et deux exécutants mais ce n’est pas le cas, pointe son confrère. Et je m’étonne des réquisitions de monsieur le procureur qui a demandé une peine supérieure pour mon client alors qu’il n’est pas en état de récidive. »
Un et deux ans ferme
Les deux avocats de la défense ont en partie été entendus. Pour le premier, le conducteur, la requalification a été ordonnée en complicité de vol avec violences. Les deux peines ont été distinguées.
Antoine Bontems, le conducteur de 21 ans, a été condamné à un an de prison ferme et deux ans avec sursis. Un sursis de deux mois a également été révoqué. Roméo Scrivano a, lui, été condamné à deux ans de prison ferme et un an avec sursis.
Leurs peines ont été assorties d’obligation de travailler, de suivre des soins psychologiques, de réparer le dommage et d’une interdiction d’entrer en contact avec la victime et de paraître au sein de la boulangerie. Il leur est également interdit de détenir et de porter une arme pendant cinq ans.
« Ces peines tiennent compte de la gravité des faits. Le tribunal a estimé qu’une peine ferme était nécessaire », a expliqué la présidente qui rappelait qu’Antoine Bontems risquait 20 ans de prison et que Roméo Scrivano aurait pu écoper de 10 ans de prison.
Après des baisers envoyés à leurs familles, les deux Fumaciens ont été renvoyés en détention où ils purgeront leurs peines.
Par Julien Leprieur - Publié: 26 janvier 2023 à 20h39 - Source: L'Ardennais
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